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La hiérarchie et la dominance, les erreurs à éviter.

La hiérarchie et la dominance sont des termes qui font aujourd'hui débat dans le monde canin. C'est évidemment une véritable question de points de vue éthiques de celui qui en parle, s'appuyant ou non sur des thèses ou expériences de terrain, et ayant évidemment une forte connotation avec la sensibilité que nous avons de notre relation avec le chien.



Ce fondement de base sur le comportement canin se retrouve de façon caractérisé pour ne pas dire stéréotypé dans chacune des méthodes d'éducation canine. Je vous invite d'ailleurs à parcourir notre article sur les différentes méthodes d'éducation canine.


Certains diront directement : "La hiérarchie et la dominance n'existent pas avec les chiens"

D'autres diront : "La hiérarchie existe entre chiens mais ce rapport n'existe pas de manière inter-spécifique (entre l'homme et le chien)"

Encore d'autres diront : "Bien sur que la hiérarchie existe, il faut impérativement montrer sa dominance au chien, lui faire comprendre c'est qui le chef en le soumettant (parfois violemment).

Au delà de savoir qui a tort ou a raison pour le moment, il est aussi important de souligner qu'il y a souvent confusion entre hiérarchie et dominance, pourtant, ce sont bien 2 choses différentes.


On va donc s'attacher dans un premier temps à donner quelques définitions si vous le voulez bien, afin que l'on parle le même langage.


Qu'est-ce que la dominance ? :


La dominance, c'est avoir accès, contrôler ou protéger une ressource. (point final!)


La ressource peut être de la nourriture, un objet, un individu, un territoire ou une interaction (contact visuel, physique ou verbal).


Parti de ce postulat, nous constatons que la dominance a toujours existé. Il y a toujours eu un rapport dominant/dominé, c'est à dire quelqu'un qui dirige/décide et quelqu'un qui suit/obtempère quelle que soit l'espèce.


Si vous avez un champs de vaches à côté de chez vous, vous remarquerez que lorsque l'éleveur les rentre, c'est toujours la même vache qui passe en premier (coïncidence ? Je ne pense pas). La vache contrôle donc l'accès au territoire des autres.


Nous-mêmes, quand nous recevons une demande d'un individu lambda, nous nous y soumettons pas forcément. Par contre quand il s'agit d'un agent des forces de l'ordre nous obtempérons. De la même manière, l'élève a l'école ne suivra pas obligatoirement les recommandations de son camarade mais obéira à celles de son professeur.


De même chez les chiens, vous avez surement vu un individu décider de l'accès ou non d'un autre individu à un jouet ou à vous même. Pourquoi votre chien ne vient pas vous voir sans intérêt mais dès que vous entrez en contact avec un autre chien il courre pour s'interposer ?


Faite l'expérience avec plusieurs chiens, attendez qu'ils aient soif et mettez une gamelle d'eau au sol. Vous verrez que c'est tout le temps le même qui boit en premier. Si ce n'est pas le premier arrivé à la gamelle, il repoussera celui devant lui pour prendre sa place (coïncidence encore ?)


Et ce constat vous pourrez le voir au sein de toutes les espèces vivant sur cette Terre.


Vous l'aurez remarqué, je ne fais que définir objectivement la notion de dominance et je n'y mets aucune connotation négative. C'est justement la première grosse erreur que nous faisons.


En effet, psychologiquement parlant, quand on utilise le terme dominance, dans notre monde d'humains, on y voit un aspect négatif ou répressif.

Je tiens donc à préciser dans ce que je définis, la dominance ce n'est pas :


  • Prendre le dessus par la force ou la violence

  • Imposer sa volonté par la contrainte

  • Mater son chien ou le soumettre pour lui apprendre c'est qui le patron


On parle juste de définir qui a accès, contrôle ou protège une ressource. Cette définition impose donc la mise en place de règles de fonctionnement.

La dominance n'a donc pas une belle réputation dans notre langage humain, c'est un fait, et force est de constater que l'histoire n'a pas joué en sa faveur puisque nous avons souvent vu et entendu en méthode traditionnelle qu'il fallait mater son chien, le violenter ou même le pendre pour lui faire comprendre qui donne les ordres. Il ne faut pas s'en cacher car c'est une malheureuse vérité mais ce n'est en tout cas pas du tout ce qu'on cherche à vous faire comprendre ici.

Nous avons donc vu que peu importe l'espèce, un rapport de leader et subordonnées se met en place. Cette mise en place suit ainsi l'établissement de règles de fonctionnement de maîtrise des ressources. Ces règles, c'est ce qu'on appellera la hiérarchie !


Qu'est-ce que la hiérarchie ? :


Il s'agit d'une organisation sociale fondée sur des rapports de subordination, privilégiant le rôle de certains individus dans le groupe et leur assurant des avantages matériels (alimentaires, sexuels, territoriaux...).


Là commence les amalgames !!!


Certains diront : "Il n'y a pas de hiérarchie mais j'impose une organisation et des règles de vie" (Oui, on joue sur les mots!)

D'autre diront : "La hiérarchie signifie qu'il y a un rapport inscrit dans le temps, ce qui n'est pas le cas au sein d'un groupe d'individu canin" (Attendez je reprends dictionnaire... Tiens, je ne trouve pas cette notion d'inscription dans le temps.)

Enfin on entend aussi : "Il n'y a pas de hiérarchie, je n'impose aucune règle ni interdit à mes chiens" (c'est donc la définition de l'anarchie, non?)

On rentre donc dans un débat qui devient un vrai discours marketing pour certains.

En effet, vous dire que la hiérarchie n'existe pas mais qu'il faut imposer des règles de vie à son chien veut dire 2 choses :


  • On veut vous faire entendre ce que vous souhaitez pour atteindre votre sensibilité et votre adhésion (marketing).

  • On vous dupe (pour ne pas dire vous prendre pour un c**) car au final on mettra en place une hiérarchie.


Ces mêmes personnes iront même jusqu'à vous dire :

"Si on vous parle de hiérarchie, faites demi-tour et dites Au-revoir Monsieur"

Alors qu'il feront exactement la même chose en mettant en place des règles.... Véritables convictions ou prise de l'auditoire pour un idiot ? Je me le demande encore.



Les autres qui vous diront qu'il ne faut pas imposer de règles ou d'interdit à son chien vous poussent donc à l'anarchie, ainsi :


  • Vous ne contrôlerez absolument pas les interactions avec votre chien

  • Ce comportement sera à la base de développement de comportements non souhaités pour ne pas parler de troubles du comportement chez votre compagnon (Désobéissance, Protection de ressource, Agressivité).


2 choses à retenir sur la hiérarchie et la dominance :


  • La hiérarchie et la dominance permettent d'interagir entre les individus dans un système (pas de notion de force ou de violence, juste de fonctionnement)

  • Si vous n'êtes pas celui qui fixe les règles, vous êtes celui qui les suit.


La hiérarchie et la dominance fixent les règles sur le cadre et les référents. Exemple à l'école, on se réfère au professeur qui fixe les règles et prend les décisions. Au travail, on appelle son chef. A la maison, les enfants se réfèrent aux parents. Dans un souci de santé, on suit les règles établies par le médecin, son ordonnance....


"Si vous ne fixer pas des règles à votre chien, c'est lui qui les fixera !"

Votre chien choisira quand manger, quand sortir, quand avoir une interaction avec vous et comment elle se passe, qui peut accéder à tel territoire (le concernant ou concernant les autres), qui peut prendre les jouets, etc...


Cela implique donc une manière d'apprendre ces règles et de les faire respecter.

En effet, dans notre système, si vous ne respectez pas une règle établie, il y a des conséquences :


  • Cela peut être une sanction/punition : Vous prenez une amende par exemple.

  • Cela peut être le retrait d'un privilège : Interdiction de conduire ou de vous rendre quelques part.


"Si tu n'obéis pas, tu seras privé de dessert !"

Qu'est-ce qu'un chien ? :


Afin de parfaire cet article, je ne pouvais pas m'arrêter à définir la hiérarchie et la dominance sans définir aussi ce qu'est un chien, car c'est là aussi que les erreurs arrivent. Un chien c'est donc 4 choses :



1. C'est en premier lieu un animal.


Tout comme nous, il fait partie du règne animal, ce qui implique un rapport de proie/prédateur. Le chien est un prédateur . Tout comme nous sommes des prédateurs également. Cela ne veut pas dire que le chien est systématiquement dans cette position car, en face d'un prédateur plus puissant, il devient la proie, mais il répond tout de même à un instinct de prédation dans son fonctionnement.


C'est d'ailleurs cet instinct qui pousse votre chien a courir après sa balle ou a vouloir attraper son jouet, à courir après quelque chose en mouvement (ex: vélo).



2. Le chien, c'est aussi une espèce.


Les chiens appartiennent à à la famille des canidés. Cela implique qu'ils ont leur propre éthologie et leur propre mode de fonctionnement. C'est ici que l'on parlera d'organisation hiérarchique dans leur psychologie. Ils utilisent leur propre langage et code pour communiquer et interagir. Et tout ces points sont bien différent de ceux de la psychologie humaine.



3. Votre chien appartient à une race.


En effet, suivant sa race et les sélections que l'humain a pu y faire pour les créer, votre chien aura des aptitudes et des caractéristiques différentes qu'il faut prendre en compte. Que ce soit des aptitudes physiques ou comportementales, la race est un facteur qui apporte un certain nombre de prédispositions. Vous comprendrez bien qu'un berger allemand ne présente pas les mêmes aptitudes qu'un bichon.



4. Un chien c'est un individu unique, une personnalité


Et oui, tout comme nous, chaque individu est unique et possède sa propre personnalité, sa propre sensibilité, ses propres émotions. Malgré l'appartenance à une espèce ou à une race, certains points sont plus ou moins développés chez chaque individu, les rendant uniques, tous les malinois ne sont pas les mêmes au même titre que tous les français ne sont pas les mêmes.


C'est justement ce 4ème point qui est le cœur des débats. Si je reviens sur notre sujet de l'existence ou non de la hiérarchie et de la dominance, les discours prônant que cela n'existe pas jouent sur votre corde sensible en ne parlant que du 4ème point, à savoir la notion de personnalité.


C'est donc soit :


  • de l'anthropomorphisme, c'est à dire affecter des pensées humaines au comportement d'un chien (la plus grosse erreur des éducateurs)

  • de l'incompétence, car pour appréhender le chien, il faut donc le voir comme un tout et non pas comme un seul de ces 4 points.


Les conséquences dans le monde canin :



C'est ici que je tire la sonnette d'alarme, voire même que je donne mon coup de gueule !.


La non prise en compte du chien comme un tout, avec des instincts, une psychologie, des prédispositions et ayant besoin qu'on lui installe un cadre de vie hiérarchique (avec des règles je reprécise) amène malheureusement à de lourdes conséquences que l'on ne voit que trop souvent autour de nous :


  • Le développement de troubles du comportement lourds. L'agressivité, entre autres, est un des pires et a dans la plupart des cas une cause hiérarchique à la base. Je ne dis pas que c'est l'unique cause, loin de là, mais qu'elle en est souvent le point initial. Il faut savoir qu'aucun chien ne naît agressif, aucune mère n'apprend cela à ses chiots, c'est nous qui volontairement ou involontairement lui avons appris ce comportement. Les éducateurs comportementalistes dignes de ce nom, traitent aujourd'hui ces troubles en partie en remettant en place des règles relationnelles, de contact, de prise de décision, bref de la hiérarchie.

  • L'abandon et l'euthanasie : Trop de personnes face aux mauvais comportements de leur chien, que l'on parle de destructions, d'hyper-activité ou d'agressivité vont passer par des solutions malheureuses comme l'abandon ou l'euthanasie face à leur impuissance à régler ces problèmes.


"Ne pas prendre en compte la hiérarchie et la dominance, c'est donc participer aux abandons et euthanasie, et cela, trop d'éducateurs eux-même y participent"

Le chien présente donc des codes domimant/dominé dans tous ses contacts, que ce soit entre chiens ou avec l'humain. Il le montre par son regard, ses postures, ses contacts.


Tout comme nous humains, nous avons nos codes, exemple quand vous croisez quelqu'un dans la rue qui vous fixe lourdement du regard :


  • Soit la personne vous impressionne et vous détournez le regard, sorte de soumission si on peut parler ainsi.

  • Soit vous vous interposer en leader jusqu'à ce que ce soit elle qui détourne le regard, sorte de dominance.

  • Soit personne ne se soumet et vous allez vous arrêter pour lui demander ce qu'elle veut, sorte de règlement de compte hiérarchique.


On retrouvera ces notions de hiérarchie et dominance dans les différentes méthodes d'éducation canine interprétés de façon évidemment différentes :


  • La méthode traditionnelle prônera une hiérarchie et une dominance imposée par la violence, la force ou la contrainte.

  • La méthode positive (ou ultra-positive) dira que cela n'existe pas et vous fera un marketing basé sur la sensibilité humaine.

  • La méthode naturelle parlera de hiérarchie et de dominance mais d'un point de vue psychologie canine, ce que je vous explique aujourd'hui, c'est à dire un point de vue objectif parlant de règles de vie.


Je conclurai en disant que peu importe la connotation lexicale que vous mettez derrière les termes hiérarchie et dominance, l'important est de prendre en compte que votre chien est un tout et qu'il a sa propre psychologie à laquelle il faut s'adapter. C'est la clé de voûte de toutes bonnes relations avec lui et le seul moyen de lui offrir la vie qu'il mérite.